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Nostalgeek Instagram /// Nostalgeek Instagram

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L’application Instagram, qui permet de prendre et de mettre en ligne des photographies “vintage” est si populaire qu’elle a récemment été rachetée pour un milliard de dollars par le géant Facebook, devenant la marque sur toutes les lèvres. Mais quelles émotions cet outil utilise-t-il et sur quels ressorts s’appuie-t-il, pour capturer le réel d’une manière qui lui est si propre qu’il en est devenu irremplaçable ?

Des clichés homogénéisés

L’une des spécificités d’Instagram réside dans le fait qu’en utilisant un même filtre, le photographe unifie sa série de clichés pris en mobilité jour après jour. Instagram regroupe et lie ces moments et lieux hétérogènes sous un même style, que l’utilisateur n’aura pas eu à chercher à obtenir de lui même. Et ce, absolument sans connaissances techniques poussées. Facilité d’utilisation et accessibilité au plus grand nombre donc, mais pas seulement : en conservant et en rendant publics ces clichés souvent témoins de sa banale vie quotidienne, l’utilisateur écrit progressivement sous les yeux de tous sa propre histoire, cohérente, logique et homogénéisée.

Inscrire son histoire dans l’histoire

En postant ces photographies dont il partage la “patte” Instagram avec des millions d’autres, le photographe sait également qu’il participe à la création d’une histoire commune. L’une des forces d’Instagram, comme celle de Facebook actuellement, est le nombre élevé d’utilisateurs : quel intérêt d’avoir recours à une autre plateforme, si je peux, au vu de cette masse d’inscrits, avoir accès comme nulle part ailleurs à une grande quantité de contacts et de contenus, mais aussi et surtout participer à cette énergie, voire cet effort collectif de documentation ?

Mise à l’honneur de la banalité

En prenant part à un mouvement plus général, et en ayant recours à un filtre modifiant la réalité, l’utilisateur d’Instagram peut mettre en scène la banalité de sa propre vie, tout en se retranchant derrière l’aspect artistique et le phénomène de mode. En d’autres termes, atténuer et faire accepter socialement son propre egocentrisme : Instagram devient un filtre de pudeur permettant de prendre de la distance par rapport au sujet présenté, soi-même. Car finalement, que voyons-nous le plus souvent sur ces clichés ? Un vélo accroché à un lampadaire, le contenu d’une assiette, une amie qui sourit dans le noir. Avec Instagram, ce n’est pas l’originalité du sujet qui intéresse, c’est la succession et la combinaison de photographies ordinaires homogénéisées racontant une histoire.

Mais pourquoi ce choix d’un filtre vintage, et non celui d’un filtre bleu, ou pixelisé, ou encore qui transformerait les photographies en aquarelles ?

Le lofi photographique

Une première piste pourrait être que le filtre vintage permet plus qu’aucun autre au grand public d’apprivoiser l’art photographique, même sans connaissances spécifiques. En dissimulant l’imperfection de son art parmi celles artificiellement ajoutées par l’application, l’utilisateur peut se rêver en professionnel. Non seulement en gommant ses erreurs sous d’autres, mais également parce que ces clichés faussement datés évoquent les figures emblématiques de la photographie. Demandez à un individu lambda de citer spontanément un grand photographe, il y a de fortes chances pour que son esprit se tourne automatiquement vers Doisneau, Cartier-Bresson Man Ray ou Capa, soit des artistes ayant tous développé leur art il y a bien longtemps et dont les clichés s’inscrivent dans le passé. Quoi de plus grisant que de s’identifier aux photographes de référence et que de se placer comme héritier des plus grands ? Cette tendance au Lofi, ou Low Fidelity se retrouve notamment en musique dans le Rock Garage très en vogue notamment dans la mouvance bobo. En recréant artificiellement le travail du temps, on semble s’inscrire dans l’histoire de manière durable et gagner en crédibilité.

Une réalité idéalisée

Clichés passés, abimés, et mal cadrés, détails flous, ici on ne recherche pas la qualité irréprochable, plutôt même le contraire, pour cacher les imperfections non seulement dans la technique du photographe mais également chez les sujets. Les couleurs sont atténuées et se combinent toujours harmonieusement les autres aux autres et avec celles du reste de l’album et de la base de données Instagram. La réalité se trouve également adoucie, moins directe et dure. On imagine très bien quelqu’un énoncer devant un tel cliché le commentaire “ah, la vie était moins dure avant” ou “c’était le bon vieux temps”, comme pour parler d’un âge d’or perdu. Se mettre en scène dans un environnement idyllique et doux, c’est réécrire son histoire en la présentant de manière embellie. Bien qu’issue de la vie quotidienne réelle et immédiate, la photographie Instagram invite davantage à la rêverie et à la contemplation qu’à l’observation en tant que reportage d’actualités.

Affronter la mort

Prenant en parti le contre-pied de la course à l’instantanéité et à la qualité, à une époque où l’on utilise des appareils connectés en mobilité ultra efficaces et où la course à l’information est toujours plus folle, Instagram propose de décaler cette réalité dans le temps, en la situant dans le passé, comme une pause dans cette recherche perpétuelle de performance et de réactivité. Par ce décalage temporel, l’utilisateur accède également au rôle important de témoin artificiel d’une situation passée, perdue et unique. Enfin, en faisant du présent le passé, le photographe Instagram se projette artificiellement dans le futur, d’où il s’observe lui-même jour après jour. Comme on s’amuserait orgueilleusement à imaginer ses proches éplorés à ses propres funérailles, on imagine de manière anticipée ses descendants découvrant avec émotion ces clichés sur lesquels s’étalent les preuves d’une vie légère emplie de bonheurs simples. Derrière le jeu temporel d’Instagram se dessine une volonté de dompter l’inévitable vieillissement et la mort, en gravant sa propre histoire dans la pierre, en la présentant déjà comme étant à l’épreuve du temps, éternelle.

The Instagram application, which allows to take and upload “vintage” photographs is so popular that it was recently acquired by Facebook for 1 billion dollars. But in which so such specific way does this tool capture the reality, to have become so irreplaceable and unbeatable?

Homogenized snapshots

By using the same filter, the photographer unifies his series of photographs taken day after day in mobility situation. Instagram  binds together these disparate times and places in the same style. A style, that the user don’t get after many complicated manipulations. So, even a user without technical knowledge can get the same result : the usability and the accessibility are the first reasons for the success of the app. By keeping and publicizing these pictures as witnesses of his ordinary daily life, the user writes gradually under the eyes of all his own coherent, logical and homogenized story.

Write your life story in the history

By posting these photographs with the same Instagram style than millions others users, the photographer also knows that he participated in the creation of a common visual history. One of the strengths of Instagram, like currently Facebook, is the high number of users: users don’t find any other interest in using another platform, as with this high number of subscribers they access to many contacts and content, and, more important, they participate in this energy, and this collective effort of documentation.

Commonplace nature

By participating in a broader movement, and by using a filter changing reality, the user can stage his own common life while hiding behind the artistic style and the trend. In other words, it makes his own egocentrism socially acceptable: Instagram becomes a modesty  filter, with which the user can distance himself from the topic in the pictures, himself. Because, what do we see most often on these pictures? A bicycle hanging from a lamppost, the contents of a dish, a friend who smiles in the dark. With Instagram, the photographer and the watcher don’t search for original subjects, but a succession and a combination of ordinary homogenized photographs creating his story.

But why this choice of a vintage filter, and not of a blue one, or a pixelated one, or one that would transform the photographs into watercolors?

Photographic lofi

First of all, with the vintage filter everyone can more than with any other become a good photographer, even without specific knowledge. By hiding the imperfection of his art among those artificially added ones by the application, the user can imagine he’s a professional. Not only by erasing his mistakes with many artificial others, but also because those falsely dated photographs evoke the iconic figures of photography. Ask an average person to spontaneously name a great photographer, it is likely that his mind automatically turns to Doisneau, Cartier-Bresson, Capa, Man Ray, or artists who have all developed their art a long time ago : these photographers are part of the past. What could be more exhilarating than to feel like being one of the greatest of them? This trend Lofi, or Low Fidelity is found especially in the Rock Garage music very popular especially in the bohemian movement. By artificially recreating the work of time, an artist feel like he belongs to the story and he gains credibility.

An idealized reality

Damaged and poorly framed pictures, blurred details, here the user do not seek the highest quality, rather just the opposite, to hide imperfections in the technique and also the subjects ones. The colors always combine harmoniously with others and with the others of the album and of the general Instagram database. The reality is also eased, less direct and harsh. One can easily imagine someone watching these pictures commenting “Oh, life was less hard before” or “it was the good old days”, as a lost golden age. When he shows his life in this idyllic and sweet way, the Instagram photographer rewrits an embellishedversion of his history. Even if the pictures are taken on a daily basis in the real and immediate life, Instagram is about reverie and contemplation, more than news report.

Facing death

Nowadays with the connected devices, we are used to get everytime the last news and to use ultra-efficient technologies in mobility. To stop it, Instagram shifts this reality in time, placing it in the past, as a break from this constant search for performance and responsiveness. By this time lag, the user becomes also an artificial witness of a past, lost and unique situation. Finally, by taking in the present pictures from the past, the photographer is artificially projected into the future, from which he observes himself in the present, day after day. As the user could imagine with mixed proud and sad feelings his own relatives crying at his own funeral in the future, he can put him in a situation where he imagine his descendants discovering with emotion these pictures on which he can see elements of a happy life. Time notion is important in the Instagram app, as a way to manage the aging and death, by burning his own story in stone, showing it as already a story here to stay, as eternal.

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